Projet d’écriture en cours…

Voici le premier chapitre du livre que j’écris en ce moment.

 

1.

Je m’appelle Grégoire Mallet et j’ai dix-sept ans. Il paraît qu’à mon âge, on a la vie devant soi. Eh bien moi, je sais déjà que j’en ai vécu à peu près la moitié.

Là, je suis dans ma chambre. Mon antre, comme je m’amuse à l’appeler. Assis à mon bureau.

J’ouvre mon journal intime, dans un silence religieux. Voilà maintenant six mois que je l’ai commencé. Que j’ai exprimé avec des mots ce feu qui brûlait en moi, ce trouble persistant, ce vague à l’âme insaisissable. Quel choc ça a été ! Quand je relis les premières lignes qui ont jailli de mes entrailles, j’en frissonne encore :

« Je respire, oui, pourtant je n’ai pas l’impression de vivre. Mon corps me fatigue. Ma vie me paraît vide. Insignifiante. J’ai l’impression d’errer dans une prison où mes parents m’ont enfermé, sans le faire exprès. J’ai envie de disparaître, ne plus exister. Ne plus être un poids pour ceux qui sont à mes côtés. Ne plus souffrir… »

Je fais défiler les pages pour mesurer le chemin parcouru depuis que j’ai extériorisé ma détresse sur ces pages blanches, innocentes. Survoler ces vestiges de pensées sombres me met encore mal à l’aise. Ce que j’ai écrit est tellement dur à relire, insoutenable parfois, que j’essaie de me raccrocher à la moindre sensation positive que je peux capter. Comme par exemple le bruissement des feuilles, doux à mon oreille.

Arrivé à la dernière page, j’attrape mon stylo :

 « Il est temps de mettre un point final à ce journal.

Oui, aujourd’hui, c’est le jour « J » … »

 Une voix perçante monte soudain du rez-de-chaussée :

– Grégoire !

– Je ne suis pas encore prêt !

– On part dans dix minutes, dernier carat !

Cette voix criarde et autoritaire, c’est celle de ma mère, alias la « reine de l’organisation ». Même quand elle ne travaille pas, elle a toujours une occupation : un coup de fil à passer pour prendre rendez-vous, une tâche ménagère à effectuer, une course à faire, un évènement à planifier… et surtout, elle s’occupe de moi, de ce que je fais, de ce que je devrais faire ou pas, de ce que j’aimerais bien faire… Parfois, je me dis que si elle était secrétaire dans un ministère, elle aurait moins de travail. Je ne sais pas si elle est née hyperactive ou si c’est à cause de moi qu’elle est devenue comme ça, mais il y a une chose dont je suis sûr, c’est que ma venue dans ce monde a chamboulé sa vie. Dès que le diagnostic de ma maladie est tombé, elle a été obligée d’arrêter son travail de secrétaire. Par la suite, quand j’ai été en âge d’entrer au collège, elle a pu reprendre un poste, mais seulement à mi-temps, car elle devait aussi assurer la gestion de mon quotidien, très lourde.

Mon père, lui, a toujours gardé son métier de professeur à l’université. Est-ce parce que c’est un homme ou bien parce que c’est lui qui ramène le plus gros salaire à la maison ? Je me pose souvent la question, sans jamais oser leur demander. Je sais bien que c’est leurs affaires et que ça ne me regarde pas, mais je ne peux pas effacer ce genre de questions de mon esprit. Parce que je me sens coupable.

Mon regard se perd sur les photos qui ornent mon bureau et je les aperçois, souriants, attentionnés à mon égard. Surtout ma mère. Même sur ces clichés figés, son trop-plein d’affection crève les yeux.

Je me remets à écrire :

«  Je ne sais pas où tout cela va me mener, mais ma décision est prise. Je vous en supplie : ne m’en voulez pas. Ne soyez pas tristes non plus. C’est mon choix… »

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